La Nasa embarque le savoir-faire nantais

sur Mars

 

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07 juin 2018

par Audrey Emery

 

Associé à InSight, la mission de la Nasa sur Mars, le laboratoire de planétologie et géodynamique de Nantes sera chargé d’analyser le terrain martien.

On a marché sur Mars ! Casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, les mains aux commandes d’un engin volant, nous voilà survolant les immenses canyons de la planète rouge avant de nous poser sur le sol martien pour assister au déploiement des instruments de la dernière mission de la Nasa, InSight. Le réalisme des images est stupéfiant, et pour cause : ce sont celles qui ont été prises par le robot Curiosity. L’application a, quant à elle, été conçue par une start-up nantaise, VR2Planets, créée en 2016 mais initiée dès 2013 par deux chercheurs du laboratoire de planétologie et géodynamique (LPG, université-CNRS), François Civet et Stéphane Le Mouélic, qui venait d’acheter le tout premier casque de réalité virtuelle. D’emblée, les deux hommes ont vu dans cette technologie un outil formidable pour valoriser les données récupérées par les sondes spatiales, auprès tant du grand public que des chercheurs.

« En réalité virtuelle, les images sont d’une grande précision. Nous les avons traitées en très haute résolution et intégrées dans les mêmes moteurs graphiques que les jeux vidéo », résume François Civet, qui a reçu en 2016, avec Stéphane Le Mouélic, le premier prix d’excellence de la communication scientifique Europlanet.

L’application nantaise a séduit la Nasa, qui a découvert l’existence de la jeune entreprise en décembre, lors du congrès de l’Union américaine de géophysique, à La Nouvelle-Orléans. Invité au lancement d’InSight, le 5 mai, François Civet a pu faire la démonstration de sa technologie grandeur nature en reproduisant virtuellement la trajectoire de la sonde ainsi que l’atterrissage et le déploiement des instruments de mesure sur Mars.

Mission

Pour cette manœuvre de haute précision prévue fin novembre, la Nasa a, là encore, fait appel au savoir-faire nantais. C’est en effet le LPG qui sera chargé d’analyser le terrain martien pour choisir l’endroit où seront déployés le sismomètre français Seis et le HP3, un appareil de mesure des flux de chaleur provenant du cœur de la planète. « Cela prendra au moins trois semaines. Nos chercheurs sont en train de s’entraîner sur des maquettes », souligne le directeur du laboratoire, Antoine Mocquet, qui travaille depuis vingt-cinq ans à la préparation de cette mission, en lien avec l’Institut de physique du globe de Paris.

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Dans les locaux de VR2Planets, Stéphane Le Mouélic (à gauche, avec le casque), François Civet (au centre), fondateur de la start-up, et Antoine Mocquet (à droite), directeur du Laboratoire de planétologie et géodynamique.

 

Le LPG a également créé le logiciel qui permettra de traiter les données recueillies par le sismomètre, en particulier les ondes sismiques.

« Les terrains martiens subissent encore les variations des plaques tectoniques : on s’attend donc à assister à des mini-séismes. Le fort différentiel de température entre le jour et la nuit provoque aussi des mini-cracs », explique Antoine Mocquet, qui espère en savoir plus sur l’épaisseur de la croûte martienne, la température du cœur de la planète et la concentration d’éléments radioactifs dans les roches.

« Pour notre laboratoire, ce serait aussi une brique supplémentaire à la compréhension de la composition et de l’évolution du système solaire dans son ensemble », se réjouit d’avance le chercheur.

Quant à VR2Planets, qui peaufine de nouvelles applications sur la comète Tchouri et le satellite de Saturne Titan, elle espère bien s’illustrer de nouveau en 2019, à l’occasion du cinquantenaire d’Apollo 11 et des premiers pas de l’homme sur la Lune.

À suivre.

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